SAISON 1 · ÉPISODE 3 · BUDGET & DÉPENSES

Fixes, variables et 50/30/20 : existe-t-il une bonne façon de répartir son argent ?

Vous savez maintenant où part votre argent. Mais une nouvelle question apparaît naturellement : est-ce que cette répartition est équilibrée ?

C'est là que les choses deviennent intéressantes. Il existe de nombreuses méthodes pour organiser un budget. Certaines distinguent les dépenses fixes et variables. D'autres proposent des pourcentages précis, comme la célèbre règle 50/30/20. D'autres encore vont plus loin et donnent une place à l'éducation, à la liberté financière ou à la générosité.

Alors, laquelle faut-il choisir ? La réponse de l'École des Finances est peut-être moins spectaculaire, mais beaucoup plus utile : il existe plusieurs façons de regarder son budget. Il n'existe pas un modèle universel qui convient à tous les ménages.

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Fixe ou variable : toutes les dépenses ne fonctionnent pas de la même façon

Commençons par une distinction simple. Une dépense fixe est une dépense dont le montant est relativement prévisible d'un mois à l'autre. Une dépense variable peut, elle, évoluer selon le mois.

Cela paraît évident. Pourtant, cette distinction devient vite moins claire lorsqu'on regarde la vie quotidienne.

Prenons les catégories de notre journal des dépenses. Le Logement peut comporter un loyer ou une mensualité de crédit relativement stable. Les Abonnements sont généralement prévisibles, tout comme certains Impôts / Crédits. À l'inverse, l'Alimentation, le Shopping, les Loisirs ou certains frais de Transports peuvent varier sensiblement d'un mois à l'autre.

Mais attention à une confusion très fréquente : fixe ne veut pas dire obligatoire, et variable ne veut pas dire inutile.

Une dépense fixe n'est pas forcément indispensable

Un abonnement peut être fixe sans être indispensable. Un service peut être prélevé automatiquement chaque mois et avoir été choisi il y a plusieurs années. Le montant est prévisible, mais cela ne signifie pas nécessairement que la dépense correspond encore à un besoin actuel. C'est une distinction importante : la régularité d'une dépense ne dit rien, à elle seule, sur son utilité.

Une dépense variable n'est pas forcément superflue

L'Alimentation en est un bon exemple. Les courses sont nécessaires, mais leur montant varie. La Santé / Soins peut également comporter des dépenses variables sans que cela signifie qu'elles sont facultatives. Les Transports peuvent varier selon les déplacements du mois, et les Loisirs peuvent eux aussi faire partie des choix que nous souhaitons conserver.

C'est pourquoi il est utile de regarder une dépense sous plusieurs angles : comment évolue-t-elle, et à quoi correspond-elle ? Notre Journal des dépenses simplifié utilise précisément cette seconde lecture avec la distinction E / L : Essentiel ou Loisir. Il permet ensuite de totaliser les montants par catégorie et de comparer les dépenses essentielles et de loisirs.

Trois modèles pour répartir son argent

Depuis des années, différentes méthodes proposent de donner une structure à son budget. Elles ont un point commun : elles cherchent à transformer un revenu en plusieurs priorités. Mais elles ne racontent pas toutes la même histoire. Et surtout, elles ne sont pas nées dans le contexte belge.

Trois façons de regarder un budget : 50/30/20, 60/10/10/10/10 et les 6 cruches

Le 50/30/20 : besoins, envies et épargne

C'est probablement le modèle le plus connu. Popularisé par Elizabeth Warren et Amelia Warren Tyagi dans leur livre All Your Worth, publié en 2005, il propose de répartir le revenu disponible en trois grandes catégories : 50 % pour les besoins, 30 % pour les envies et 20 % pour l'épargne et le remboursement de dettes.

Son principal intérêt est sa simplicité. Trois grandes catégories permettent de se poser trois questions : est-ce que mes besoins prennent trop de place, est-ce que mes envies occupent une part importante de mon revenu, et est-ce que je mets suffisamment d'argent de côté ? Mais cette simplicité est aussi sa limite, car un ménage ne ressemble pas à un autre.

Le modèle 60/10/10/10/10 : prévoir plusieurs horizons

Un autre modèle américain propose une répartition différente : 60 % de dépenses courantes, 10 % d'épargne ou d'investissement pour la retraite, 10 % pour les achats importants, 10 % pour les dépenses irrégulières et 10 % pour les divertissements.

Cette approche attire l'attention sur plusieurs horizons de dépenses. Tout ce qui n'arrive pas chaque mois n'est pas forcément imprévisible : une grosse réparation, un achat important ou une dépense irrégulière peuvent être anticipés. C'est une idée intéressante pour un ménage, mais là encore, les pourcentages constituent un cadre de réflexion et non une norme universelle.

Les 6 cruches : une vision plus large de l'argent

Le modèle des 6 cruches, ou 6 JARS, développé et popularisé par T. Harv Eker, va encore plus loin. Il propose de répartir le revenu net de la manière suivante :

Part Objectif
55 % Dépenses courantes
10 % Liberté financière
10 % Éducation : livres, formations, coaching, apprentissage
10 % Fonds d'urgence
10 % Divertissements
5 % Dons, associations et cadeaux

Ce modèle est particulièrement intéressant parce qu'il ne demande pas seulement : « Comment contrôler mes dépenses ? » Il demande aussi : « Qu'est-ce que je veux construire avec mon argent ? » Une partie est consacrée à l'apprentissage, une autre à la construction d'un patrimoine, une autre au plaisir et une autre à la générosité. C'est une approche davantage orientée vers les habitudes et le développement personnel. Elle a donc une philosophie différente du simple contrôle des dépenses.

Le problème : ces modèles ne sont pas belges

C'est ici que nous devons prendre un peu de recul. Le 50/30/20, le modèle 60/10/10/10/10 et les 6 cruches viennent tous de la culture américaine de la gestion des finances personnelles. Ils peuvent être intéressants, donner des idées et nous aider à poser de bonnes questions, mais aucun de ces trois modèles n'a été conçu spécifiquement pour les ménages belges.

Et cette différence compte. La vie financière d'un ménage dépend notamment de son logement, de ses revenus, de sa fiscalité, de sa situation familiale, de ses transports, de ses dépenses de santé, de ses crédits et de ses projets. Même au sein de la Belgique, les structures de dépenses ne sont pas identiques.

Selon Statbel, en 2024, les ménages belges consacraient en moyenne 30,6 % de leur budget au logement, à l'eau, au gaz, à l'électricité et aux autres combustibles, 14 % à l'alimentation, 11,7 % aux transports, 7,9 % à la culture et au temps libre et 7,3 % à la restauration et à l'Horeca.

Les différences régionales sont déjà significatives : la part consacrée au logement était de 34,6 % à Bruxelles, 30,5 % en Wallonie et 29,9 % en Flandre. Pour les transports, elle atteignait 13,1 % en Wallonie, contre 11,5 % en Flandre et 9 % à Bruxelles.

Les pourcentages peuvent être intéressants. Les copier ne l'est pas forcément.

Alors, que peut-on vraiment en retenir ?

Peut-être justement ceci : les modèles de budget sont des lunettes différentes pour regarder son argent. Le 50/30/20 nous invite à regarder les besoins, les envies et l'épargne. Le 60/10/10/10/10 attire notre attention sur les dépenses courantes, la retraite, les achats importants, les dépenses irrégulières et le divertissement. Les 6 cruches ajoutent l'éducation, la liberté financière, le plaisir et la générosité.

Aucun de ces modèles ne transforme automatiquement un budget. Mais chacun peut nous faire remarquer quelque chose que nous ne regardions pas auparavant. Et c'est peut-être leur véritable intérêt.

Votre budget n'a pas besoin d'entrer dans une case

Imaginez deux ménages. Le premier consacre une part importante de son revenu au logement. Le second a un logement moins coûteux, mais des dépenses de transport importantes. Un troisième ménage peut avoir des dépenses de santé élevées, tandis qu'un autre peut avoir des revenus irréguliers. Il serait étrange de leur demander à tous de respecter exactement les mêmes pourcentages.

La bonne question n'est donc pas : « Est-ce que je respecte parfaitement le 50/30/20 ? » Elle est plutôt : « Qu'est-ce que cette comparaison m'apprend sur ma propre situation ? » C'est une différence importante. Un modèle budgétaire ne devrait pas devenir une note que l'on reçoit à la fin du mois. Il devrait devenir un outil pour mieux comprendre ses choix.

Le regard du coach

Lorsqu'un coach accompagne un ménage, il ne commence pas nécessairement par chercher à faire entrer toutes les dépenses dans un modèle. Il commence par regarder la réalité : quelles sont les dépenses qui reviennent régulièrement, lesquelles varient et quelle place prennent le Logement, l'Habitation, l'Alimentation, les Transports, le Shopping, les Loisirs, la Santé / Soins, les Abonnements, les Impôts / Crédits et les Autres dépenses ?

Les dépenses fixes méritent généralement une analyse approfondie lorsqu'on met le budget en place ou lorsqu'une situation change. Un abonnement inutile, une assurance devenue inadaptée ou une charge récurrente mal comprise peut continuer à peser mois après mois.

Une fois ce socle analysé, le suivi mensuel porte davantage sur ce qui bouge : l'Alimentation, le Shopping, les Loisirs, certains Transports, la Santé / Soins ou les dépenses imprévues. L'objectif n'est pas de surveiller chaque euro pour le plaisir de surveiller, mais de comprendre ce qui est structurel et ce qui évolue.

Une première façon de regarder son propre budget

Vous n'avez pas besoin de modifier quoi que ce soit pour faire cette expérience. Prenez simplement votre budget actuel et comparez-le aux trois modèles.

Demandez-vous ce que vous apprend le 50/30/20, ce que vous apprend le 60/10/10/10/10 et ce que les 6 cruches vous font regarder autrement. Ne cherchez pas encore à choisir le meilleur modèle. Cherchez plutôt l'écart qui vous interpelle.

Peut-être découvrez-vous que vos dépenses essentielles prennent beaucoup de place. Peut-être que les dépenses de loisirs sont beaucoup plus importantes que vous ne le pensiez. Peut-être que l'épargne existe, mais sans objectif précis. Ou peut-être que certaines dépenses importantes n'ont tout simplement pas de place clairement définie dans votre organisation actuelle.

Ce constat est déjà utile. Comprendre avant de modifier est souvent une meilleure première étape que de se lancer immédiatement dans les économies.

À retenir

Il existe de nombreuses méthodes pour répartir son argent. Le 50/30/20, le 60/10/10/10/10 et les 6 cruches proposent trois façons différentes de regarder le budget. Leur intérêt est réel : elles nous obligent à réfléchir à la place des dépenses courantes, des loisirs, de l'épargne, des projets futurs ou encore de l'éducation et de la générosité.

Mais ce sont des modèles issus de la culture américaine de la gestion financière. Ils ne sont pas des modèles conçus pour la réalité spécifique des ménages belges.

Alors, faut-il les jeter ? Pas forcément. On peut les utiliser comme des lunettes : on regarde, on compare, on réfléchit, puis on revient à sa propre réalité.

Votre budget n'a pas besoin de ressembler à celui de quelqu'un d'autre pour être cohérent.

Et surtout : un modèle n'est pas votre réalité.

Sources

Statbel — Enquête sur le Budget des Ménages 2024

Source principale pour la spécificité belge et la structure des dépenses des ménages belges.

Statbel — Le logement, premier poste de dépenses des Belges

50/30/20

Le modèle a été popularisé par Elizabeth Warren et Amelia Warren Tyagi dans All Your Worth: The Ultimate Lifetime Money Plan, publié en 2005. Les présentations actuelles décrivent généralement 50 % pour les besoins, 30 % pour les envies et 20 % pour l'épargne et le remboursement de dettes.

NerdWallet — Budgeting and the 50/30/20 framework

Modèle 60/10/10/10/10

Modèle de répartition budgétaire américain utilisé comme exemple de cadre permettant de distinguer dépenses courantes, retraite, achats importants, dépenses irrégulières et divertissements.

The Motley Fool — Budget customization

Modèle des 6 cruches

Le système des 6 JARS de T. Harv Eker répartit le revenu entre dépenses courantes, liberté financière, éducation, fonds d'urgence, divertissements et dons/cadeaux.

T. Harv Eker — 6 JARS Exercise

Journal des dépenses simplifié — École des Finances

Le journal sert de référence interne pour le vocabulaire des catégories et la distinction Essentiel / Loisir utilisée dans cette page.