SAISON 1 · ÉPISODE 14 · CRÉDIT
Comment éviter l'accumulation des crédits ?
Avoir un crédit n'est pas nécessairement un problème.
Un crédit hypothécaire peut permettre d'acheter un logement. Un autre peut financer un investissement ou un projet qui augmente votre patrimoine. Le problème commence lorsque les crédits deviennent tellement nombreux qu'ils occupent progressivement une part importante du budget.
Une mensualité ici, une facilité de paiement là, une carte avec une réserve de crédit, un découvert pour terminer le mois… pris séparément, chaque engagement peut sembler raisonnable.
C'est leur accumulation qui peut finir par réduire votre marge de manœuvre.
Et lorsqu'un imprévu survient, le ménage peut alors être tenté de prendre un nouveau crédit pour financer le précédent.
C'est ainsi qu'un déséquilibre ponctuel peut progressivement devenir une situation de surendettement.
🎥 2 minutes pour tes finances
Avoir un crédit n'est pas forcément un problème
En Belgique, le crédit fait partie de la vie financière de nombreux ménages. Selon la Banque nationale de Belgique, 6 081 385 personnes avaient au moins un crédit en cours fin 2025, soit 63,6 % de la population adulte.
Cela ne signifie évidemment pas que 63,6 % des Belges sont surendettés. Au contraire : un crédit peut parfaitement s'intégrer dans une situation financière saine. Le véritable problème est souvent ailleurs :
Est-ce que je maîtrise l'ensemble de mes engagements financiers ?
La BNB recense également 258 819 personnes ayant au moins un défaut de paiement, soit 2,7 % de la population adulte. La différence entre ces deux chiffres est importante. Avoir un crédit et être en difficulté avec ses crédits sont deux situations très différentes. L'objectif n'est donc pas de diaboliser le crédit. L'objectif est de savoir à quel moment il commence à prendre trop de place dans votre budget.
Quand les crédits commencent-ils à s'accumuler ?
L'accumulation ne ressemble pas forcément à une catastrophe financière. Elle peut commencer très discrètement. Un crédit pour une voiture. Puis une carte avec une réserve de crédit. Un paiement fractionné pour un achat. Un découvert le mois suivant. Puis un nouveau crédit pour financer une dépense imprévue. Et chaque nouvelle mensualité paraît encore supportable.
Mais votre budget, lui, perd progressivement de sa souplesse. C'est précisément pour cette raison qu'il est utile de faire régulièrement une photographie de tous ses engagements. Dans les chapitres précédents, vous devriez déjà avoir commencé à noter :
- le montant restant dû ;
- le TAEG ;
- la mensualité ;
- l'échéance finale ;
- le coût total du crédit.
Cette liste permet de passer d'une impression vague — « j'ai quelques crédits » — à une réalité chiffrée. Et cette visibilité est le point de départ.
Les quatre leviers pour retrouver de la marge
1. Réduire certaines dépenses
La première possibilité consiste à identifier les dépenses qui peuvent être réduites ou supprimées.
Mais attention : réduire ne signifie pas tout supprimer.
Vous avez déjà travaillé cette question dans les épisodes précédents. L'objectif est de retrouver une marge sans dégrader inutilement votre qualité de vie.
Une économie de 20 € par mois peut sembler insignifiante. Mais 20 €, 50 € ou 100 € supplémentaires chaque mois peuvent devenir une somme intéressante lorsqu'ils sont affectés à un plan de remboursement.
2. Optimiser ce que vous payez déjà
Le deuxième levier consiste à regarder ce qui existe déjà dans votre budget.
Certains contrats peuvent être renégociés. Certains abonnements peuvent être supprimés. Certaines dépenses peuvent être remplacées par une solution moins coûteuse.
Et parfois, le problème ne vient pas du niveau de revenu mais de la manière dont l'argent est utilisé.
Optimiser, c'est chercher à obtenir le même résultat avec moins de ressources.
3. Augmenter temporairement ses revenus
Lorsque les dépenses ne peuvent plus raisonnablement être réduites, il est également possible d'agir sur les revenus.
Par exemple : effectuer temporairement des heures supplémentaires, réaliser une activité ponctuelle, vendre certains objets inutilisés ou valoriser une compétence.
Le mot important est ici temporairement.
« Pendant six mois, ce revenu supplémentaire sert à réduire mes crédits. »
Une fois la dette éliminée, la somme libérée peut ensuite être orientée vers l'épargne.
4. Restructurer lorsque c'est nécessaire
Lorsque les trois premiers leviers ne suffisent pas, d'autres solutions peuvent être envisagées.
Le refinancement ou le regroupement de crédits peuvent parfois permettre de modifier les modalités de remboursement.
Mais attention :
Une mensualité plus faible ne signifie pas nécessairement un crédit moins cher.
Il faut regarder la durée, le taux, les frais et surtout le coût total.
Lorsque la situation devient réellement difficile, il existe également des mécanismes de médiation de dettes et, dans certaines situations, le règlement collectif de dettes.
En Belgique, ce dernier est une procédure judiciaire qui vise à rétablir la situation financière du débiteur tout en garantissant à celui-ci et à sa famille des conditions de vie conformes à la dignité humaine.
Deux méthodes pour rembourser plusieurs crédits
Une fois que vous connaissez vos crédits, une question apparaît :
Lequel dois-je rembourser en premier ?
La méthode Snowball ❄️
Vous classez vos dettes de la plus petite à la plus importante. Vous continuez à payer les mensualités prévues pour toutes vos dettes, mais vous consacrez votre capacité supplémentaire à la plus petite. Lorsqu'elle est remboursée, vous récupérez sa mensualité et vous l'ajoutez à l'effort consacré à la dette suivante. L'effet recherché est avant tout stimultant : obtenir rapidement une première victoire peut aider à maintenir la motivation.
La méthode Avalanche 🏔️
La logique est différente. Vous classez les dettes du taux d'intérêt le plus élevé au plus faible. Vous concentrez votre effort supplémentaire sur la dette qui vous coûte le plus cher. Cette méthode est davantage orientée vers l'optimisation mathématique du coût des intérêts.
Alors, laquelle choisir ? Il n'existe pas nécessairement une réponse universelle. La meilleure méthode est peut-être celle que vous serez réellement capable de suivre. Une stratégie légèrement moins optimale sur le papier mais suivie jusqu'au bout peut être préférable à une stratégie parfaite abandonnée après deux mois. >
Et si les difficultés deviennent structurelles ?
Il existe une différence importante entre :
« Je dois réorganiser mes crédits » et « Je ne peux plus faire face à mes dettes. »
Dans le premier cas, une analyse du budget et une stratégie de remboursement peuvent parfois suffire. Dans le second, il est important de ne pas attendre. La Banque nationale rappelle que les prêteurs doivent consulter la Centrale des crédits aux particuliers avant d'accorder un nouveau crédit. Et un défaut de paiement peut avoir des conséquences durables : après régularisation, le défaut reste encore enregistré pendant un an dans la CCP. Plus on agit tôt, plus on dispose de solutions.
Refinancement et consolidation des dettes
Regrouper plusieurs crédits en un seul peut parfois simplifier la gestion du budget. Mais attention au piège : « Je paie moins chaque mois, donc j'ai fait une bonne affaire. » Pas nécessairement !
Si vous étalez la dette sur une période beaucoup plus longue, vous pouvez réduire votre mensualité tout en augmentant le coût global. >Avant toute décision, comparez la situation avant et après : mensualité, durée, taux, frais, coût total et date de fin.
Médiation de dettes
Lorsque les difficultés deviennent trop importantes pour être gérées seul, il existe des services spécialisés de médiation de dettes. Demander de l'aide tôt est précisément une manière de prévenir l'aggravation.
Le règlement collectif de dettes
Lorsque les dettes sont devenues structurelles et que le ménage n'est plus en mesure de faire face à ses obligations, le règlement collectif de dettes constitue une procédure judiciaire spécifique en Belgique.
La demande est introduite auprès du tribunal du travail de l'arrondissement judiciaire de résidence. Le dispositif vise à rétablir la situation financière du débiteur et, dans la mesure du possible, à permettre le paiement des dettes tout en garantissant une vie conforme à la dignité humaine.
🇧🇪 Le surendettement des ménages belges
Les chiffres permettent de remettre le sujet en perspective.
Le surendettement ne commence pas nécessairement lorsque l'on ne peut plus payer. Il peut commencer beaucoup plus tôt, lorsque le budget perd progressivement toute marge de manœuvre.
Le crédit est devenu extrêmement courant en Belgique : plus de 6 millions de personnes ont au moins un crédit en cours. Mais 258 819 personnes ont également au moins un défaut de paiement enregistré. Les données Statbel de ton dossier montrent également que 37,5 % des Belges déclarent avoir des difficultés à joindre les deux bouts et que 22,1 % ne peuvent pas faire face à une dépense imprévue d'environ 1 450 €.
📖 Un passage de mon livre
Dans mon livre Les finances des ménages belges, je consacre également un passage au surendettement et aux mécanismes qui peuvent progressivement conduire un ménage vers une situation financière difficile.
Ce sujet m'intéresse particulièrement parce que le surendettement n'est généralement pas un événement unique.
C'est souvent une succession de petites décisions, d'imprévus et de contraintes :
une mensualité supplémentaire → un budget plus serré → un imprévu → un découvert → un nouveau crédit.
Et plus la situation avance, plus il devient difficile de retrouver de la marge.
Le manuscrit est actuellement chez l'éditeur.
🧠 Le mindset
« J'ai plusieurs petits crédits, mais ce n'est pas grave. » Pris séparément, chacun de vos crédits peut effectivement sembler raisonnable. Mais votre budget ne raisonne pas crédit par crédit. Il doit supporter l'ensemble des mensualités simultanément.C'est pourquoi une bonne habitude consiste à regarder régulièrement votre situation dans son ensemble. >Combien dois-je encore ? Combien me coûtent mes crédits ? Quand seront-ils terminés ? Quelle marge restera-t-il lorsque le prochain imprévu arrivera ? La bonne question n'est donc pas uniquement :
« Est-ce que je peux encore payer cette mensualité ? » Mais plutôt : « Est-ce que mon budget conserve suffisamment de marge pour continuer à avancer ? »
🎁 Passez de la réflexion à l'action
Vous avez maintenant les grandes pistes. Mais les appliquer demande de prendre quelques chiffres et de les mettre sur papier.
Je vous propose donc un outil pratique à télécharger :
« J'ai plusieurs crédits : par où commencer ? »
Vous pourrez y dresser votre inventaire, comparer vos crédits, choisir entre Snowball et Avalanche et réfléchir aux différentes pistes d'action.
Réduire. Optimiser. Augmenter temporairement ses revenus. Restructurer si nécessaire.
La page vous donne les grandes lignes. Le cadeau vous aide à passer à l'action.
Conclusion
Avoir plusieurs crédits ne signifie pas automatiquement être surendetté. Mais ne pas connaître précisément ses engagements peut rendre une situation beaucoup plus difficile à maîtriser. Commencez donc par une chose simple : mettez tous vos crédits sur une seule feuille. Puis choisissez une stratégie. Peut-être devrez-vous réduire certaines dépenses. Peut-être pourrez-vous optimiser certains contrats. Peut-être déciderez-vous d'augmenter temporairement vos revenus.
Et si la situation est déjà trop complexe, il existe des solutions de restructuration et des dispositifs d'accompagnement. Le plus important est de ne pas attendre que le problème devienne impossible à gérer.
Le meilleur moment pour agir contre le surendettement, c'est avant qu'il ne commence.
Questions fréquentes
Avoir plusieurs crédits signifie-t-il que je suis surendetté ?
Non. Avoir plusieurs crédits ne signifie pas automatiquement être surendetté. La question essentielle est de savoir si l'ensemble des mensualités reste compatible avec votre budget et si vous conservez une marge suffisante pour faire face aux dépenses courantes et aux imprévus.
Quelle différence entre Snowball et Avalanche ?
La méthode Snowball consiste à rembourser en priorité la dette la plus petite afin d'obtenir rapidement une première victoire. La méthode Avalanche consiste à cibler en priorité la dette dont le taux d'intérêt est le plus élevé, afin de réduire le coût des intérêts.
Le regroupement de crédits est-il toujours une bonne solution ?
Non. Un regroupement peut simplifier la gestion et réduire la mensualité, mais une durée plus longue peut augmenter le coût total du crédit. Il faut donc comparer la durée, le taux, les frais et le montant total à rembourser.
Que faire si je n'arrive plus à payer mes crédits ?
Il est important d'agir rapidement et de ne pas attendre l'accumulation des retards. Selon la situation, une analyse budgétaire, une négociation, une médiation de dettes ou une procédure de règlement collectif de dettes peuvent être envisagées.
Qu'est-ce que le règlement collectif de dettes en Belgique ?
Il s'agit d'une procédure judiciaire destinée aux personnes physiques qui ne sont plus en mesure de faire face durablement à leurs dettes. Elle vise à rétablir la situation financière du débiteur et, dans la mesure du possible, à organiser le paiement des dettes tout en garantissant des conditions de vie conformes à la dignité humaine.
Sources
Banque nationale de Belgique — Centrale des crédits aux particuliers : données 2025 sur les crédits en cours et les défauts de paiement.
Banque nationale de Belgique : informations sur la CCP, les obligations des prêteurs et les conséquences d'un défaut de paiement.
SPF Économie : informations sur le règlement collectif de dettes et les difficultés de remboursement.
Statbel : données sur les difficultés financières des ménages belges utilisées dans la page.
École des Finances : données et exemples issus du travail de recherche sur les finances des ménages belges.
Cette page a une vocation pédagogique et informative. Elle ne constitue pas un conseil financier personnalisé.
